l'INSTITUT DU PLURALISME RELIGIEUX ET DE L'ATHEISME

19 mars

John Tolan s'est rendu à Nice pour rencontrer des collègues de l'École Supérieure du Professorat et de l'Éducation (ESPE) pour discuter de l'utilisation des ressources RELMIN dans l'enseignement de l'histoire de la diversité religieuse en Europe. Il a donné une conférence intitulée Juifs, chrétiens, musulmans : 15 siècles de cohabitation en Europe. Enseigner la diversité religieuse dans nos écoles - http://urmis.unice.fr/?Conference-de-John-Tolan-Juifs

Il s'agit d'une réflexion en cours, avec la collaboration d'enseignants du secondaire, d'inspecteurs de l'Académie de Nantes et des collègues des ESPE de Nantes et Nice sur l'utilisation des ressources RELMIN dans l'enseignement secondaire. Cette question est devenue d'autant plus urgente au lendemain des attaques terroristes de janvier 2015 à la suite desquelles l'importance de l'enseignement de la diversité et des pratiques religieuses dans les écoles a été réaffirmée. Nous espérons construire un modèle de collaboration entre les chercheurs, universitaires, enseignants du secondaire et éducateurs. Ce projet émanant du travail mené par RELMIN sera continué par l'IPRA (Institut du Pluralisme Religieux et de l'Athéisme)

Du 5 au 12 décembre

John Tolan a participé à la conférence "L’influence complexe de l’orientalisme dans les discours scientifiques sur l’islam" organisé par le projet de documentation et  de recherche sur l'islamophobie du centre sur la race et le genre de l'Université de Californie, Berkeley et organized in cooperation le Centre d’Analyse et d’Intervention Sociologique (CADIS) à l'EHESS, Paris 11 et 12 décember 2014.  Son intervention s'est portée sur le thème : Au-delà de l’Orientalisme : comprendre les premières réactions chrétiennes à l’islam


Depuis la publication d'Orientalisme en 1978 par Edward Said, ses idées ont influencé une grande partie de la recherche sur les attitudes au Moyen-Âge à l'égard de l'Islam et de l'Orient en général. Le cadre conceptuel avancé par Said a souvent été utilisé de manière adéquate, mais également parfois de manière maladroite. Il considère l'Orientalisme comme un discours justifiant le colonialisme européen et sa domination de larges parties de l'"Orient". Bien que certains auteurs médiévaux (chroniqueurs de la première croisade, par exemple) utilisent en effet l'image négative des "Sarrazins" et de leur religion pour justifier la guerre, le discours de l'Europe chrétienne pré-moderne sur l'Islam est venu au contraire de ceux vivant sous la loi musulmane ou qui craignaient d'être conquis par eux : le modèle orientaliste de Said ne peut être transposé de but en blanc pour expliquer des discours produits par des réalités sociales très différentes. En effet, si nous devions utiliser les catégories de Said pour comprendre, par exemple, les polémiques anti-musulmans virulentes de Eulogius et Paulus Alvarus au IXe siècle à Cordoue, nous devrions alors les envisager comme des manifestations de ce que Said nomme une "culture de resistance", un discours subversif contre la culture dominante de l'Islam. Trop souvent, les discussions sur l'"Orientalisme" passé et présent dégénèrent en des dénonciations d'attitudes coloniales ou post-coloniales supposément incarnées ou défendues par ceux étiquetés "orientalistes". Une étude plus approfondie des textes anti-musulmans fondateurs de la tradition européenne révèle au contraire une ambivalence profonde de la part des auteurs chrétiens à l'égard d'une religion (et d'une civilisation) rivale, puissante et attirante.

 

11 et 12 novembre

John Tolan a donné une communication lors de la conférence annuelle "Byzanz un Abenland” au Eötvös József Collegium à Budapest. Il s'est intéressé à la manière dont plusieurs auteurs Latins du Moyen Âge voyaient Byzance comme un intermédiaire entre l'Europe Latine et l'Islam. "Intermédiaire" est un mot vague, mais qui convient ici : pour de nombreux auteurs Latins, les Grecs sont à la fois une importantes sources de connaissances sur l'Islam et comme les musulmans, sujets aux erreurs théologiques. Le penchant oriental pour l'erreur, attribué aux intellectuels ou à des causes climatiques, conduit les Grecs à l'erreur et fait d'eux des victimes faciles à l'hérésie sarrasine. Il s'est penché particulièrement sur deux textes du XIIe siècle, dans le contexte des croisades : une courte biographie de Mohammed par Adelphus et la préface de Guibert de Nogent à son histoire de la première croisade, le Gesta Dei per Francos. Adelphus et Guibert jouent sur le mêmes stéréotypes concernant les Grecs : ils sont intelligents, cultivés, brillant—mais aussi instables et indignes de confiance. Clairement, ils sont différents des Latins flegmatiques, sérieux, crédibles. C'est vrai, les deux auteurs manipulent ces images à des fins et de manière légèrement différentes. Adelphus utilise ces topoi principalement pour donner une source plausible à ces légendes hostiles et hautes en couleur sur Mohammed : à la fois pour poser une source authentique (et exotique) et pour se distancer de sa discours (il se contente de répéter ce que son "Greculus", son informateur grec, lui a dit).

Pour Guibert d'un autre côté, l'excellence et l'instabilité orientales sont des causes d'hérésie—Orthodoxie grecque, Arianisme, Nestorianisme et Islam.Il s'agit d'Orientalisme dans le sens de la définition d'Edward Said : "l'Orientalisme c'est le style occidental pour dominer, restructurer et avoir l'autorité sur l'Orient". L'Orientalisme comme discours, pour Said, est le contrepoint idéologique aux réalités politiques et militaires des Empires Britannique et Français au Moyen Orient, il fournit une justification. Ici le portrait par Guibert de asiatica levitas justifie les conquêtes de la première croisade. Alors qu'il défend la conquête aux dépends de Byzance, il est facile de voir comment d'autres latins en ont fait autant lors des décennies suivantes.

Le 15 octobre

Le programme RELMIN, en partenariat avec Le Cinématographe, a proposé la projection des films documentaires JUIFS & MUSULMANS, SI LOIN SI PROCHES réalisés par Karim Miské. En quatre épisodes de 52 minutes, ces films reviennent sur 14 siècles d'une relation unique. Le récit est nourri des interventions d'experts internationaux : chercheurs, universitaires, historiens… 

Après la diffusion des épisodes 1 & 2 (Les origines, 610 - 721 et La place de l'autre, 721 - 1789) a eu lieu une discussion avec John Tolan, directeur du programme de recherche Européen RELMIN sur le statut des minorités religieuses au Moyen Âge), François Clément, Maître de  conférence en Arabe et spécialiste de l'Espagne Musulmane, Anne Vézier, historienne et didacticienne de l''histoire, ESPE Nantes, Anne Labro, productrice chez Phares & Balises, Elise Jaunet, chargée de formation et de sensibilisation au CID (centre inter-culturel de documentation) et Aïcha Boutaleb, directrice du CID

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Enfin, à 18h30 ont été diffusé les épisodes 3 & 4 (La séparation, 1789 - 1945 et La guerre des mémoires, 1945 - 2013)

 

 

 

 

Du 29 septembre au 1er octobre

John Tolan a participé à la conférence "Polemical Encounters. Polemics between Christians, Jews and Muslims in Iberia and beyond", colloque de lancement de l'ERC CORPI Conversion, Overlapping Religiosities, Polemics and Interaction: Early Modern Iberia and Beyond), dirigé par Mercedes Garcia Arenal. http://proyectos.cchs.csic.es/corpi/en/home

Cette conférence sur les polémiques s'est intéressée aux différents styles d'argumentation aux controverses dans le champ de la religion dans la péninsule ibérique et dans ses contextes méditerranéens (Afrique du Nord, Empire Ottoman) et Nord-européens, à la fois au Moyen Âge tardif et à la période moderne. Avec l'utilisation du terme "polémique", l'attention s'est portée des spécificités des genres historiques de disputes religieuses (Disputatio, Apologia, Confutatio) au cadre plus large d'apologétique interreligieuse. La conférence a mis l'accent sur la nature des textes comme fenêtre sur les notions communes d'histoire et ainsi, s'intéresser en détail sur les idées particulières de chaque groupe sur l'histoire sacrée.

John Tolan a donné une conférence intitulée "Ne de fide presument disputare:  legal regulations of interreligious debate and disputation in the Middle Ages". Le 4 mars 1233, la pape Grégory IX écrit aux évêques et archevêques du territoire d'Allemagne pour se plaindre des nombreuses "perfidies" des juifs Germains. Parmi la litanie habituelle de leurs crimes (avoir des servants chrétiens qu'ils convertissent, exercer une fonction publique), le pape est particulièrement concerné par l'effet que leurs "blasphèmes" contre le Christ semble avoir eu sur les chrétiens, particulièrement ceux récemment converti du judaïsme. Ainsi, il ordonne aux évêques d'interdire aux juifs de présumés litiges avec les chrétiens. Ils doivent empêcher les chrétiens de participer à de tels litiges via la censure ecclésiastique. Grégory pense qu'il est dangereux de permettre les discussions informelles ou débats sur la religion entre juifs et chrétiens. En même temps, il a permit la promotion de deux nouveaux ordres mendiants et soutenu leurs efforts missionnaires envers les juifs (et dans une moindre mesure envers les musulmans). Au cours des 13e et 14e siècles, les Dominicains sont devenus spécialistes des disputations religieuses. Les membres du clergé étaient de plus en plus découragés ou interdit de s'engager de telles disputation par à la fois les lois ecclésiastique et royale. Dans cette présentation, John Tolan a examiné ce document en contexte, le comparant avec des passages similaires de deux documents différents : un extrait de Thomas d'Aquin Summa theologica et un passage de Jean de Joinville Vis de Saint Louis. Dans chacun de ces trois textes, l'auteur exprime de l'inquiétude sur le fait que les disputations avec les juifs pourraient être au détriment de la foi des chrétiens.

 

Institut de Recherche et d'Histoire des Textes

 

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