l'INSTITUT DU PLURALISME RELIGIEUX ET DE L'ATHEISME

11 et 12 novembre

John Tolan a donné une communication lors de la conférence annuelle "Byzanz un Abenland” au Eötvös József Collegium à Budapest. Il s'est intéressé à la manière dont plusieurs auteurs Latins du Moyen Âge voyaient Byzance comme un intermédiaire entre l'Europe Latine et l'Islam. "Intermédiaire" est un mot vague, mais qui convient ici : pour de nombreux auteurs Latins, les Grecs sont à la fois une importantes sources de connaissances sur l'Islam et comme les musulmans, sujets aux erreurs théologiques. Le penchant oriental pour l'erreur, attribué aux intellectuels ou à des causes climatiques, conduit les Grecs à l'erreur et fait d'eux des victimes faciles à l'hérésie sarrasine. Il s'est penché particulièrement sur deux textes du XIIe siècle, dans le contexte des croisades : une courte biographie de Mohammed par Adelphus et la préface de Guibert de Nogent à son histoire de la première croisade, le Gesta Dei per Francos. Adelphus et Guibert jouent sur le mêmes stéréotypes concernant les Grecs : ils sont intelligents, cultivés, brillant—mais aussi instables et indignes de confiance. Clairement, ils sont différents des Latins flegmatiques, sérieux, crédibles. C'est vrai, les deux auteurs manipulent ces images à des fins et de manière légèrement différentes. Adelphus utilise ces topoi principalement pour donner une source plausible à ces légendes hostiles et hautes en couleur sur Mohammed : à la fois pour poser une source authentique (et exotique) et pour se distancer de sa discours (il se contente de répéter ce que son "Greculus", son informateur grec, lui a dit).

Pour Guibert d'un autre côté, l'excellence et l'instabilité orientales sont des causes d'hérésie—Orthodoxie grecque, Arianisme, Nestorianisme et Islam.Il s'agit d'Orientalisme dans le sens de la définition d'Edward Said : "l'Orientalisme c'est le style occidental pour dominer, restructurer et avoir l'autorité sur l'Orient". L'Orientalisme comme discours, pour Said, est le contrepoint idéologique aux réalités politiques et militaires des Empires Britannique et Français au Moyen Orient, il fournit une justification. Ici le portrait par Guibert de asiatica levitas justifie les conquêtes de la première croisade. Alors qu'il défend la conquête aux dépends de Byzance, il est facile de voir comment d'autres latins en ont fait autant lors des décennies suivantes.